Chapitre 6-2 – Sac
Gron et Elilim arrivèrent à quelques centaines de mètres de la tombe gigantesque de Casseurdebras. Le mausolée en surface était composé d’une petite pyramide de pierre, entourée par des milliers de rochers. L’entrée de la pyramide s’avérait gardée par des chamans-guerriers, qui avaient pour ordre de tuer sans sommation tous ceux qu’ils considéraient comme suspects. La tombe montrait toute sa magnificence quand on était autorisé à pénétrer à l’intérieur. Là on pouvait admirer les centaines de fresques élaborées représentant la vie et les exploits de Casseurdebras. Des centaines d’artistes orques, et d’esclaves elfes, travaillèrent nuit et jour afin de décorer le mausolée.
D’après les récits des rares voyageurs non-orques qui visitèrent la tombe, celle-ci méritait le titre de merveille. Bien sûr de nombreux nains et elfes affirmaient qu’il était inconcevable que des orques réussissent à créer quelque chose qui ne soit pas grossier et contrefait. Mais il n’empêchait que les décorations du mausolée s’avéraient de vrais chefs d’œuvres, des réalisations avec un sens du détail très poussé. Les détracteurs de Casseurdebras proclamaient que tout ce qu’il y avait de beau dans sa tombe, était dû aux esclaves elfes. Mais dans la réalité les orques jouèrent un rôle majeur dans l’élaboration des décorations.
Elilim aimerait bien visiter le mausolée, mais il se dit qu’il devait avant toute chose réfléchir à un plan, pour berner l’attention des gardes de la tombe. Il commença à observer les environs pour se faire une idée des lieux. Un livre de la bibliothèque de Rintam, décrivait sommairement le mausolée de Casseurdebras. Toutefois il n’apportait pas grand-chose d’intéressant, pour ceux qui voulaient voler le sac du Néant, l’objet magique caché tout au fond de la tombe de Casseurdebras.
Gron : C’est fantastique la magie, nous sommes maintenant près de la tombe de Casseurdebras.
Elilim : Gron connaissez-vous un moyen de nous faufiler de la tombe, tout en passant inaperçus ?
Gron (enthousiaste) : C’est très simple on se déguise en fantôme. On se recouvre le corps avec un drap blanc, et ainsi on fera très peur aux orques.
Elilim : Les orques sont réputés pour leur courage souvent insensé.
Gron : Oui, mais je me suis entraîné à dessiner des sourires inquiétants sur les draps.
Elilim (colérique) : C’est un plan complètement siphonné.
Gron : Vous avez raison, je risque d’être tellement convainquant, que vous risquez la crise cardiaque, tellement je ferais peur.
Elilim (énervé) : Gron il est nécessaire d’être discret, pas débile.
Gron (crie à tue-tête) : Vous voulez que je sois discret, d’accord. Hé messieurs les orques, nous sommes là pour violer la tombe de Casseurdebras, afin de récupérer le sac du Néant !
Des centaines d’orques haineux, se mirent à converger vers Elilim l’archimage elfe, et Gron le gobelin bêta. Ils étaient fermement décidés à faire payer aux profanateurs de tombe leur audace. Le mausolée de Casseurdebras était un des monuments religieux les plus sacrés des orques. En effet le grand chef Casseurdebras durant sa vie réussit des exploits qui lui valurent l’admiration sans bornes de milliers de ses semblables. D’ailleurs certains orques vénéraient le grand chef, comme un dieu de la guerre. Casseurdebras avait droit à une place de choix dans le panthéon orque, dans le sens qu’il était la troisième figure la plus célèbre.
Gron tremblait comme une feuille, il s’imaginait qu’il subirait des tourments atroces à cause de son comportement bête. Il se dit que même en recourant à la position de la reddition absolue, il risquait de ne pas s’en sortir. Les orques ne plaisantaient pas en matière de religion, déjà qu’ils pouvaient être très cruels avec les gobelins sans motif de haine. Gron estimait qu’avec de la chance, les orques ne le tortureraient que pendant trois jours. C’était quand même une longue durée de supplice, le bêta à la perspective de ce qui l’attendait, se mit en boule et ferma les yeux.
Elilim n’en menait pas large, les chamans-guerriers orques gardant le mausolée, canalisaient de la puissance divine pour l’empêcher de jeter des sorts, et pour l’instant ils se débrouillaient plutôt bien. L’archimage eut alors une idée, mais il la repoussa d’abord, car son plan lui paraissait révoltant.
Elilim s’estimerait sali et souillé, infidèle à ses principes, s’il osait recourir à la solution honteuse. Puis il se dit que ses considérations personnelles étaient égoïstes, vu que la survie d’un monde reposait sur ses épaules. Au lieu de chercher à lutter contre les énergies divines, l’archimage puisa allègrement dedans pour alimenter son enchantement, cette manière de faire pris au dépourvu les chamans-guerriers. Alors il put contacter un esprit du feu, qui fit des ravages sur les orques. Les chamans furent réduits en cendres, leur chair et leurs os laissèrent place à de la poudre noire.
Malgré le fait d’avoir survécu Elilim était honteux, l’elfe estimait que même des mois de purification surnaturelle, ne suffiraient pas à le laver de sa disgrâce. En effet même si sa survie était liée à celle du monde de Gerboisia, Elilim aurait beaucoup de mal à se remettre de l’acte d’avoir puisé dans les flux divins orques pour alimenter un sort. Pour la majorité des mages elfes, oser recourir à la puissance sacrée des orques pour un enchantement constituait un acte aussi vil que le cannibalisme.
Elilim (énervé) : Qu’est-ce qui vous a pris Gron ?
Gron : Vous m’avez demandé d’être discret, de faire preuve d’étourderie, alors j’ai agi comme vous me l’avez demandé.
Elilim : Non quand on est étourdi, on s’avère distrait, et non discret. Une personne discrète sait se taire, elle ne clame pas à tue-tête ses intentions.
Gron : Excusez-moi la prochaine fois, je ferai plus attention. Quoique c’est un peu de votre faute aussi.
Elilim : Comment ?
Gron : Vous avez rejeté mon plan du drap fantôme, sans en connaître tous les détails. Par exemple j’ai un super cri terrifiant, j’imite le cot cot de la poule.
Elilim (très triste) : Gron vous croyez vraiment qu’un plan aussi débile avait des chances de réussite ?
Gron (exalté) : Bien sûr j’avais tout prévu, tellement que j’en ai des frissons, quand je pense à mon déguisement où je suis un fantôme avec une bouche dessinée qui tire la langue !
Elilim l’archimage elfe se demandait s’il ne souffrait pas d’hallucinations auditives, tellement il avait l’impression que les propos entendus lui semblaient surréalistes. Puis il se ressaissit et décida de se concentrer sur la quête. Donc lui et Gron le gobelin, tentèrent de profiter de la mort des gardiens de la tombe pour pénétrer à l’intérieur. Toutefois une force mystérieuse les empêcha de piller le mausolée de Casseurdebras.
Un des gardiens de la tombe avant de trépasser activa un sortilège de sécurité, qui rendait imprenable le mausolée pour la plupart des gens. Alors Elilim se mit à étudier d’arrache-pied l’enchantement qui protégeait la tombe. Il prit l’apparence d’un des chamans-guerriers qui montait la garde du mausolée, et désintégra avec un sort la plupart des orques qu’il avait tué. En outre il acquit une partie de la mémoire de la personne dont il prit l’identité.
L’archimage s’avérait un spécialiste des coutumes, habitudes et du langage orque, il put ainsi donner le change sans se faire repérer. Il répugnait à prendre l’aspect d’un orque, cependant il n’avait pas le choix. Le système de sécurité désactivait les pouvoirs d’invisibilité. Elilim profitait de ses pauses et moments libres, pour consigner par écrit le maximum d’informations. Il progressait très lentement, au point qu’il se sentait parfois désespéré. De plus il se sentait gêné, il avait promis à Gron de le faire participer au pillage du mausolée. Il aurait aimé se débrouiller seul, mais il avait cédé pour faire cesser le manège insupportable du gobelin.
L’archimage descendait très progressivement dans la tombe, il fallait parfois des heures de lutte pour avoir le droit de parcourir quelques marches supplémentaires. Il n’aurait pas cru que les orques soient capables de construire un édifice complexe, comme la tombe de Casseurdebras. En effet le mausolée descendait à plus de cent mètres sous terre, et surtout il contenait des œuvres dont la qualité ravirait les plus snobs et exigeants elfes amateurs d’art.
La réalisation qui marqua le plus Elilim s’avéra la bataille des mille soldats, une peinture complexe qui montrait le début de la carrière de Casseurdebras. Les combattants orques paraissaient si vivants, que parfois on avait l’impression que les guerriers allaient sortir de la toile.
Au bout de dix semaines d’investigation Elilim réussit à trouver, ce qu’il soupçonnait être le point faible du système de sécurité du mausolée. Il s’agissait d’une petite brique d’apparence insignifiante, mais qui était un élément essentiel des dispositifs mystiques de protection. En la détruisant il y avait moyen de vider l’édifice de pratiquement toute l’énergie magique dévolue à activer des traquenards. Elilim décida de lancer depuis l’extérieur une attaque le soir même de sa découverte.
Elilim : Bon vous avez bien compris Gron, il faut que vous soyez discret cette fois.
Gron : Entendu je vais jeter un sort, qui causera l’apparition de lumières colorées puissantes, faisant de gros bruits.
Elilim : Gron vous n’allez pas être discret mais voyant, si vous agissez ainsi.
Gron : Les voyants ce sont les personnes qui prédisent l’avenir. Vous voulez donc que je lise votre futur ?
Elilim : Pitié que quelqu’un me vienne en aide, je sens que je sature, que je vais pleurer !
Pendant qu’Elilim sombrait dans un état de grande tristesse, Gron lui écrivait à grande vitesse sur un parchemin avec une plume teintée d’encre, les mots qui lui passaient par la tête. Et ses phrases avaient un côté spécial. La prédiction du gobelin était «Le tut tut va devoir affronter des coa coa, mais le monde sera détruit s’il ne fait pas pouet pouet avec ses fesses». Néanmoins il y avait un problème de sens de la feuille qui nuisait à la capacité de Gron de comprendre ses propos.
Gron : Ah j’ai compris !
Elilim : Quoi donc ?
Gron : C’est plus facile de lire une prédiction du futur en tenant la feuille à l’endroit.
Elilim (désemparé) : Je craque. Je veux me pendre.
Gron : Ne faites pas ça ! Ce serait très dommage.
Elilim : C’est gentil, Gron.
Gron : Si vous mourrez, mon rêve de construire une catapulte en papier toilette, capable d’expédier de gros rochers sera beaucoup plus dur à concrétiser.
Elilim : Hein ?
Gron (rempli de joie) : Je sais, fusionner la machine de guerre, et un formidable outil pour s’essuyer le zizi c’est l’œuvre d’art absolue !
Elilim (plein d’amertume) : Pourquoi je dois faire équipe avec un tel mariole ! Qu’est-ce que j’ai commis comme pêché pour mériter un tel châtiment !
Quelqu’un regardait d’un œil assez amusé le désarroi d’Elilim.
Cérumane : Ce n’est plus la peine de chercher le sac du Néant, il est entre mes mains.
Elilim : Monsieur le double de Cérumane, que faut-il faire pour que vous nous remettiez le sac ?
Cérumane : D’abord faire de jolis compliments, qui mettent bien en valeur mes nombreuses qualités.
Gron : Vous êtes laid, lâche, idiot, méchant … .
Elilim et Cérumane le puissant restèrent sans voix, devant l’insolence de Gron le gobelin. Elilim était tout de même impressionné, par les capacités d’insultes de Gron, et la vitesse de son débit. Le gobelin disposait d’un talent considérable pour mettre en colère les gens, avec des grossièretés. Il avait un vocabulaire très riche et recherché en matière d’attaques verbales. Il réussissait d’ailleurs trop bien dans sa tâche, car le puissant bouillait intérieurement, il éprouvait des envies meurtrières de plus en plus fortes. La seule chose qui empêchait Cérumane de réduire en cendres Gron et Elilim, s’avérait la curiosité.
Même si le puissant était diminué par des malédictions, il n’empêchait qu’il inspirait généralement la crainte et la déférence. Il était rarissime qu’une personne ne se comporte pas comme une carpette à l’égard de Cérumane.
L’attrait de la nouveauté poussait le puissant à voir jusqu’où Gron irait en matière d’insultes. L’archimage tentait désespérément de se rapprocher du gobelin pour le faire taire, mais le puissant utilisait une fraction de sa puissance pour immobiliser Elilim.
L’archimage était abattu, plus Gron parlait plus leurs chances de survie s’amenuisaient. De plus le gobelin semblait intarissable en matière de grossièretés. Chaque fois qu’Elilim espérait que Gron serait à court de répliques cinglantes, il en trouvait de nouvelles encore plus provoquantes. En l’espace de cinq minutes, le gobelin avait trouvé plus de deux cents insultes à l’égard de Cérumane, et il ne semblait qu’aux préliminaires. Elilim avait le pressentiment que Gron disposait encore de milliers d’attaques verbales vexantes.
L’archimage se dit que le suicide était une solution de plus en plus envisageable, cela lui permettrait d’éviter la punition terrible de Cérumane. Puis une ouverture se présenta, la concentration du puissant fut amoindrie par le fait, qu’une fiente de pigeon tacha ses vêtements. Elilim put se remettre à bouger, il se précipita sur Gron et le gifla.
Elilim : Pitié Gron essayez d’être intelligent pour une fois.
Gron : Aïe, pourquoi m’avez-vous frappé monsieur Elilim ?
Elilim : Pour vous faire taire Gron, la consigne est de flatter Cérumane, pas de l’insulter.
Gron : Mais je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour rendre hommage à Cérumane, si je voulais l’insulter, je dirais qu’il.
Elilim : Par l’endormus, sombrez dans un profond sommeil Gron.
Cérumane n’empêcha pas Elilim de jeter son sort, il était lassé d’entendre Gron l’insulter, par conséquent le gobelin se mit à ronfler.
Cérumane : L’insolence de votre compagnon à mon égard mérite un dur châtiment, en punition vous allez porter des lunettes.
Elilim : Euh, vous avez des lunettes sur votre nez monsieur Cérumane.
Cérumane : Dans ce cas, je vous inflige comme sanction terrible l’obligation d’avoir les cheveux longs.
Elilim : Vos cheveux descendent dans le bas de votre dos.
Cérumane : Cessez de me contrarier, sinon je vous tue. Bon dites-moi vite un compliment, sinon je sévis.
Elilim : Pourquoi êtes-vous si pressé d’être complimenté ?
Cérumane : Je me drogue aux compliments, quand il n’y personne pour me féliciter, je dépéris.
Elilim : Pardon ?
Cérumane : Dépêchez-vous j’agonise, encore quelques secondes et je serai mort.
Elilim : C’est une blague, je suis dans un rêve délirant.
Cérumane : Trop tard je suis mort, je meurs, argh !
Ainsi Cérumane perdit vraiment la vie à cause de sa dépendance aux compliments. Elilim était incrédule devant la situation, mais il vérifia quand même le pouls et le rythme cardiaque du trépassé, et il put constater son décès. L’archimage n’était pas au bout de ses mauvaises surprises. Uphir apparut dans un nuage de fumée avec des intentions belliqueuses.
Uphir : Bonjour les nuls, je suis là pour vous exterminer.
Gron : Pitié moi et Elilim ne sommes rien, nous ne valons pas grand-chose, nous ne méritons pas d’être tués par vous.
Uphir : Tu as parfaitement raison, mais malheureusement pour toi, mon maître Abigor m’a chargé de vous tuer toi et Elilim. Or ses ordres sont prioritaires.
Elilim : Je voudrais satisfaire ma curiosité avant de mourir, où se trouve le sac du néant ?
Uphir : Dans le royaume de la reine Alice.
Elilim : Vous êtes sûr de vous ?
Uphir : Absolument certain.
Elilim (pense) : Donc le dernier Cérumane rencontré m’a sans doute menti. Il ne possédait pas le sac du Néant.
Uphir : Une dernière volonté ?
Elilim : Je voudrais être enterré dans une forêt si je trépasse.
Uphir : D’accord.
???? : Personne ne touchera à Gron et Elilim.
Uphir : Super voilà de nouveau Baoman.
???? : Erreur je suis Mignon le redoutable.
